Mériadeck à Bordeaux : un quartier en pleine mutation urbaine
SOMMAIRE
- Mériadeck, nouveau marqueur de la relance urbaine bordelaise
- L'esplanade Charles-de-Gaulle : un nouveau cœur vert pour Mériadeck
- Eterna / Infina : le programme mixte d'ID&AL Groupe sur l'ancien site Peugeot
- Infina : des bureaux et commerces ouverts sur la ville
- Eterna : 21 logements en cœur d'îlot
- Les anciennes tours Allianz transformées en hôtel : le FirstName Bordeaux (JdV by Hyatt)
- « La Caisse » : l'ancien siège de la Caisse d'Épargne d'Edmond Lay en attente
- La galerie Mériadeck : un projet de réhabilitation en suspens
- Mériadeck, un quartier en mutation continue
À deux pas de l’hôtel de ville, Mériadeck occupe une place à part dans le paysage bordelais. Né d’une vaste opération de rénovation urbaine engagée dans les années 1960 sous l’impulsion de Jacques Chaban-Delmas, le quartier concentre aujourd’hui plusieurs fonctions centrales : administrations, centre commercial, patinoire, bowling, bureaux et logements. Son architecture de dalle, ses volumes modernistes et ses circulations piétonnes en hauteur en font l’un des ensembles urbains les plus identifiables de Bordeaux.
Inscrit dans le périmètre « Bordeaux, Port de la Lune », au patrimoine mondial de l’Unesco depuis le 28 juin 2007, Mériadeck entre désormais dans une nouvelle séquence de transformation. La réhabilitation de l’esplanade Charles-de-Gaulle, la reconversion des anciennes tours Allianz en hôtel lifestyle, le devenir de la galerie commerciale, le programme mixte Eterna/Infina livré sur l’ancien site Peugeot et l’avenir de l’ancienne Caisse d’Épargne d’Edmond Lay dessinent les contours d’un quartier en recomposition.
Cette mutation intervient dans un contexte plus large de tension sur le logement et de reconversion du foncier urbain. Alors que l’immobilier neuf à Bordeaux se déploie dans plusieurs secteurs de la métropole, notamment autour d’Euratlantique, Mériadeck illustre une autre voie : recycler des sites déjà bâtis, rouvrir la dalle sur la ville et réintroduire des usages plus mixtes au cœur du centre bordelais.
Mériadeck, nouveau marqueur de la relance urbaine bordelaise
La transformation de Mériadeck prend aussi une dimension politique depuis les élections municipales de 2026. Après le mandat de Pierre Hurmic, marqué par des débats sur la densification, les normes locales et le rythme de construction, Thomas Cazenave a été élu maire de Bordeaux le 22 mars 2026, puis président de Bordeaux Métropole le 24 avril 2026.
Son programme prévoit explicitement, pour Mériadeck, d’engager la rénovation totale de la dalle et de ses ouvertures sur le reste du quartier. La phase 2 de l’esplanade Charles-de-Gaulle, prévue en 2027, devrait en constituer la première étape concrète sous ce nouveau mandat.
À l’échelle bordelaise, le nouveau maire défend aussi une opération « cœur de ville » destinée à reconvertir environ 50 000 m² de bureaux vacants en quelque 1 000 logements. Aucun site précis n’a encore été annoncé à ce stade, et le changement d’usage dépend en grande partie des propriétaires privés. Cette orientation s’inscrit toutefois dans une tendance déjà visible localement, à l’image de la transformation de l’immeuble du 56 rue de Tivoli, lauréate du Prix international de la Transformation de Bureaux en Logements 2025.
L'esplanade Charles-de-Gaulle : un nouveau cœur vert pour Mériadeck
C’est l’actualité majeure du quartier depuis 2025 : la dalle piétonne de Mériadeck et son emblématique esplanade Charles-de-Gaulle, jamais rénovées depuis leur livraison dans les années 1980, font l’objet d’un vaste programme de réhabilitation porté par la Ville de Bordeaux.
Imaginée à l’origine par l’architecte paysagiste Jacques Sgard, cette esplanade de 2,5 hectares constitue le poumon vert d’un ensemble urbain de 20 hectares, classé Unesco.
Engagés en février 2025 après une vaste phase de concertation menée en 2023 (qui avait recueilli les avis d’environ 1 500 personnes), les travaux de la phase 1 se sont achevés début 2026 et ont été officiellement inaugurés le 5 février 2026. Pilotée par la Ville de Bordeaux et l’agence Gastel Paysages, cette première tranche, qui représente un investissement de 4,84 millions d’euros, répond à quatre enjeux principaux :
- améliorer l’accessibilité de la dalle, notamment pour les personnes à mobilité réduite (PMR) ;
- moderniser l’éclairage public pour faciliter les déplacements nocturnes et renforcer le sentiment de sécurité ;
- végétaliser davantage l’espace et accroître la surface perméable à l’eau de pluie ;
- créer un véritable lieu de convivialité pour les riverains, salariés et visiteurs du quartier.
Les usagers peuvent désormais profiter de nouveaux bancs, tables de pique-nique, tables d’échecs, d’un caniparc, de fontaines à eau et de grands transats collectifs disposés autour du bassin central, remis en eau au début du printemps 2026.
Une place centrale, située à l’emplacement de l’ancien grand bassin, a été aménagée pour accueillir marchés, représentations culturelles et commémorations. L’inspiration paysagère puise dans la forêt landaise et le bassin d’Arcachon, dans le respect de l’esprit initial de l’esplanade et des contraintes patrimoniales propres à un quartier inscrit à l’Unesco.
La phase 2, qui concernera la partie sud de la dalle, est prévue en 2027 avec notamment l’installation d’une aire de jeux pour enfants. Le coût total de l’opération est évalué à environ 7 millions d’euros.
Eterna / Infina : le programme mixte d'ID&AL Groupe sur l'ancien site Peugeot

Le garage Peugeot Henri Barre, ouvert en 1896 et implanté depuis 123 ans dans le quartier, a tiré sa révérence en mars 2020. En lieu et place de l’ancienne concession, un projet immobilier mixte a vu le jour : bureaux, commerces et logements.
Mené par ID&AL Groupe en copromotion avec Novaxia, ce programme baptisé Eterna/Infina a été livré en juin 2023. Il occupe environ 540 m² de locaux commerciaux, 2 762 m² de bureaux et plusieurs centaines de mètres carrés de logement (21 lots), sur un îlot situé entre la rue Georges Bonnac et la rue Charles Marionneau.
Infina : des bureaux et commerces ouverts sur la ville
Le projet d’ID&AL Groupe est entré dans le cadre de la redynamisation du centre-ville par la mutation de sites comme l’ancienne concession Peugeot. Il a permis l’installation d’entreprises au sein de locaux idéalement implantés en cœur de ville, à deux pas du centre historique de Bordeaux et de la place Gambetta réaménagée, à 15 minutes de la gare Saint-Jean et à 20 minutes de l’aéroport de Mérignac.
Au rez-de-chaussée, 4 locaux commerciaux occupent 540 m². Les plateaux de bureaux, situés en étage, sont modulables jusqu’à 237 postes de travail.
Pensés pour s’adapter aux nouveaux usages du travail (espaces ouverts, cloisonnables, hybridation présentiel/distanciel), ils laissent à leurs occupants une grande latitude d’aménagement. Les plateaux ont été acquis dès la phase de commercialisation par Grand Ouest Gestion d’Actifs via la SCPI Atlantique Mur Régions.
Eterna : 21 logements en cœur d'îlot
La partie résidentielle Eterna se compose de 21 appartements, du 2 au 6 pièces, dont un duplex de grande surface au dernier étage. Les logements bénéficient de larges espaces extérieurs et d’une hauteur sous plafond d’environ 2,80 m (jusqu’à 5 m pour les attiques aménagés en « villas sur le toit »).
Les prestations annoncées au lancement comprenaient parquet, plancher chauffant et domotique.
Au cœur de l’îlot, un jardin de plus de 500 m² complète l’ensemble. Cette mixité fonctionnelle entre logements, bureaux et commerces vise à limiter les déplacements et à favoriser les circuits courts, en cohérence avec les objectifs environnementaux affichés par la Ville et la Métropole sur la réintégration de la biodiversité en centre urbain.
« Id&al Groupe prouve qu'il est possible de bâtir en hyper centre-ville et d'opérer une mutation de site à vocation commerciale en projet mixte aux multiples destinations : logements, commerces, bureaux, mêlant qualité architecturale et qualité de vie pour tous. Le projet donne une place centrale à la qualité de vie : habiter, consommer et travailler au cœur du même site », déclarait Patrice Bonal, directeur de l'agence Id&al Gironde, au lancement du projet.
Les anciennes tours Allianz transformées en hôtel : le FirstName Bordeaux (JdV by Hyatt)
Autre transformation majeure du quartier ces dernières années : la réhabilitation des « Trois Tours » Allianz, ensemble immobilier sur dalle des années 1970, libéré par le départ du groupe Allianz vers Euratlantique.
Pilotée par le Groupe Duval avec la maîtrise d’œuvre du cabinet Patriarche, cette opération a réinventé l’usage d’environ 13 270 m² de bureaux obsolètes au cœur de Mériadeck. Le projet, mené dans le respect des contraintes patrimoniales du quartier classé Unesco (façades et structure conservées), a ouvert les Trois Tours sur la rue Claude-Bonnier en créant trois nouvelles entrées au niveau de la rue, là où l’urbanisme sur dalle des années 1980 avait délaissé le niveau du sol.
Les deux tours reliées (B et C) ont été reconverties en hôtel lifestyle de 147 chambres, exploité par Alboran Hotels & Hospitality dans le cadre d’un accord de franchise avec le groupe américain Hyatt.
Baptisé FirstName Bordeaux, l’établissement a ouvert ses portes en janvier 2023 et constitue la première implantation de la collection JdV by Hyatt en France. L’hôtel propose un restaurant, un bar et un rooftop privé, avec une décoration intérieure signée Nicolas Adnet (Studio MHNA).
La troisième tour (Tour A) a été reconvertie en bureaux qui accueillent notamment des services de Bordeaux Métropole.
L’investissement global de l’opération s’est élevé à environ 14 millions d’euros TTC. Au-delà de la dimension hôtelière, cette transformation illustre concrètement la stratégie de reconversion des bureaux obsolètes en nouveaux usages — logement, hôtellerie, équipements — qui s’impose aujourd’hui comme une des réponses majeures à la mutation du parc tertiaire bordelais.
« La Caisse » : l'ancien siège de la Caisse d'Épargne d'Edmond Lay en attente
Autre bâtiment iconique du quartier en quête d’une nouvelle vie : l’ancien siège régional de la Caisse d’Épargne, achevé en 1977 par l’architecte Edmond Lay (Grand Prix national d’Architecture 1984), en collaboration avec les cabinets Dugravier et Layre-Cassou.
Avec ses plateaux circulaires successifs, ses inclinaisons de murs et son parement de pierre, ce « château fort futuriste » constitue un témoignage majeur de l’architecture-sculpture de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Reconnu pour sa valeur patrimoniale, le bâtiment a été inscrit à l’inventaire des Monuments historiques en mars 2014, puis classé Monument historique par arrêté du 14 janvier 2022.
Après le départ de la Caisse d’Épargne en 2017 vers son nouveau siège dans Euratlantique, l’immeuble avait été racheté en décembre 2015 par le promoteur bordelais Norbert Fradin, déjà connu pour ses opérations sur le patrimoine bâti girondin.
Rebaptisé « La Caisse », le bâtiment devait devenir, selon le projet initial, un lieu mixte : un centre culturel au rez-de-chaussée, articulé autour de la salle des coffres et de l’amphithéâtre de 250 places, et une vingtaine de lofts grands formats dans les plateaux supérieurs.
Le calendrier prévisionnel a toutefois été perturbé par les contraintes patrimoniales liées à ce monument historique, qui imposent un dialogue étroit avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC). Le projet reste à ce jour à concrétiser.
La galerie Mériadeck : un projet de réhabilitation en suspens

Mériadeck est aussi connu pour son centre commercial, l’un des principaux pôles commerciaux de l’agglomération bordelaise, inauguré en 1980.
En 2008, une extension baptisée « Les Passages Mériadeck » est venue compléter l’ensemble, sur 7 500 m² entre la rue du Château-d’Eau et la rue Saint-Sernin. Au fil des années, les enseignes ont peu à peu déserté cette galerie, ne laissant longtemps que Picard et Basic Fit comme principaux occupants.
Le 29 décembre 2020, la galerie a été cédée par la foncière néerlandaise Wereldhave à VINCI Immobilier, qui a annoncé un programme de réhabilitation : commerces de moyenne surface indépendants répartis sur deux niveaux, avec accès direct depuis la rue, un parc de loisirs de 3 000 m² au R-1, et un passage couvert réaménagé pour accueillir un ou deux commerces sur environ 2 000 m².
La livraison initialement annoncée pour fin 2021 a depuis été repoussée à plusieurs reprises, et aucun calendrier officiel n’a été communiqué récemment. Le projet reste donc en suspens.
Dans l’intervalle, la galerie a accueilli une nouvelle enseigne culturelle marquante : le Musée de l’Illusion a ouvert ses portes aux Passages Mériadeck le 4 octobre 2023.
Quatrième implantation française du concept à son ouverture (après Paris, Lyon et Marseille), et alors plus grande du réseau dans l’Hexagone avec environ 850 m² de surface, il propose plus de 75 illusions d’optique, hologrammes, jeux de miroirs et expériences sensorielles, dont certaines exclusives à Bordeaux comme la salle des miroirs.
Installé au 4 rue Bonnaffé, face au centre commercial Mériadeck, le musée illustre le potentiel du site pour des concepts de loisirs et culturels innovants.
Mériadeck, un quartier en mutation continue
À l’aube de la seconde moitié des années 2020, Mériadeck cumule donc une actualité chargée : esplanade centrale renouvelée, ancien site Peugeot mué en programme mixte, anciennes tours Allianz devenues hôtel international, ancienne Caisse d’Épargne classée monument historique en attente de réinvention, et galerie commerciale dont l’avenir reste à dessiner.
À ces chantiers déjà engagés s’ajoutera dès 2027 la phase 2 de la rénovation de la dalle, désormais inscrite dans le programme du nouveau maire Thomas Cazenave. L’opération « cœur de ville » qu’il porte par ailleurs, reconvertir des bureaux vacants en logements, pourrait, si elle se concrétise, intéresser un quartier qui concentre la plus grande part du parc tertiaire bordelais.
Pour un ensemble inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, l’enjeu sera de concilier cette dynamique de transformation avec la préservation d’une identité architecturale singulière, celle d’un urbanisme moderniste sur dalle aujourd’hui considéré comme une œuvre patrimoniale à part entière.
SOURCES
- Bordeaux : ETERNA-INFINA, le projet immobilier mixte au cœur de la ville – Bordeaux Business (avril 2021)
- Projet Eterna/Infina à Bordeaux : place au gros œuvre - Construction Cayola
Caroline Tison
Commentaires à propos de cet article :
Ajouter un commentaire