Municipales 2026 à Bordeaux : qui propose quoi pour le logement ?

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Avatar de l'auteur "Morgane Caillière" Morgane Caillière

le 26 février 2026

[ mis à jour le 26 février 2026 ]

SOMMAIRE

À Bordeaux, le logement s'invite au cœur de la bataille municipale. Densification contre étalement, réquisition contre libération de l'offre, label frugal ou simplification : à l'approche du premier tour du 15 mars, les candidats à la mairie de Bordeaux s'opposent frontalement sur le logement, devenu l'un des enjeux centraux d'une campagne marquée par la tension locative et le ralentissement de la construction neuve. Tour d'horizon des propositions des principales listes.

À Bordeaux, les prix ont reculé depuis leur pic mais restent hors de portée pour une large part des ménages. La construction neuve s'est contractée. Et la question du logement, trop cher, trop rare, trop énergivore, s'est imposée comme l'un des fils rouges de la campagne municipale. La campagne compte au moins une douzaine de listes. Tour d'horizon des réponses, parfois diamétralement opposées, des principales d'entre elles.

Pierre Hurmic : La densité douce et le logement abordable

Le maire sortant Pierre Hurmic (Les Écologistes, avec le PS, le PCF et Génération.s) revendique un bilan volontariste sur le logement social et la rénovation énergétique. Sa ligne pour le prochain mandat est claire : zéro artificialisation des sols, densification par la surélévation, et objectif d'atteindre a minima les 25 % réglementaires de logements sociaux. Il veut multiplier les quartiers mixtes, de 8 à 30 et renforcer l'encadrement des loyers et le contrôle des meublés touristiques.

Sur le terrain, le quartier bas carbone de la Jallère, lancé sous son mandat à Bordeaux-Lac, est déjà en chantier : le projet prévoit la reconversion de 50 000 m² de bureaux vacants et 100 000 m² de constructions neuves sur des sols déjà artificialisés, avec 15 hectares rendus à la nature. Hurmic annonce désormais 2 500 logements abordables sur ce site ; un objectif revu à la hausse par rapport aux 1 500 logements prévus dans le plan guide initial de 2024.

Son programme comprend également un plan « zéro enfant sans abri » articulé en quatre axes, dont la possibilité de réquisitionner des logements durablement vacants avec l'appui de l'État et l'ouverture d'une trentaine de logements dans le patrimoine municipal pour héberger des familles en difficulté.

Thomas Cazenave : libérer l'offre et transformer les bureaux

Thomas Cazenave (Renaissance) mène la liste « Faire gagner Bordeaux », soutenue par : Renaissance, Les Républicains, Horizons, le MoDem, l'UDI, le Parti radical, le Nouveau Centre et l'Alliance centriste. Nathalie Delattre, sénatrice de la Gironde, présidente du Parti radical et ministre déléguée chargée du Tourisme jusqu'en octobre 2025, a pris la présidence de son comité de soutien en décembre 2025 après avoir renoncé à se présenter elle-même.

Lors du débat organisé par la FFB Gironde et Placéco dans le cadre des Assises du bâtiment spéciales Municipales 2026, Thomas Cazenave a posé son diagnostic : « Bordeaux a pris du retard par manque de volonté politique. » Sa réponse passe avant tout par l'offre.

Il propose une grande opération « cœur de ville » articulée autour de la reconversion de 50 000 m² de bureaux inoccupés, avec un objectif de 1 000 logements. Il veut également ouvrir un nouveau projet urbain à Bordeaux-Nord pour proposer des logements abordables aux familles, simplifier les normes et accélérer les procédures, et rendre la ville plus accessible aux artisans pour faciliter les travaux.

Au-delà du débat, il défend la suppression de ce qu'il qualifie de « normes locales superfétatoires, comme le label Bâtiment Frugal Bordelais », et préconise le recours au permis à destinations multiples et aux dérogations au PLU pour les opérations de transformation de bureaux.

Philippe Dessertine : 78 000 m² de bureaux dans le viseur

Philippe Dessertine se présente comme candidat de la société civile, sans étiquette partisane. Économiste, professeur à l'IAE Paris-Sorbonne (Université Paris I Panthéon-Sorbonne), né à Rouen mais formé à Bordeaux, où il a fait ses études à Sciences Po et à l'IAE et installé dans la ville, il diagnostique lui aussi « une crise de l'offre » et partage avec Thomas Cazenave la conviction que la loi du marché doit primer.

Sa proposition phare : transformer les bureaux vacants de la métropole en logements réservés aux étudiants, aux jeunes actifs et aux familles. Il avance le chiffre de 78 000 m² de surfaces tertiaires inutilisées à reconvertir. Il veut aussi négocier directement avec les grands constructeurs nationaux pour faire baisser les prix. Et, comme le candidat Renaissance, il s'en prend au label « Bâtiment Frugal Bordelais », qu'il juge « surnormé par rapport à la norme française », lors du débat organisé par la FFB Gironde.

Nordine Raymond : planifier, réquisitionner, construire autrement

Nordine Raymond conduit pour La France insoumise la liste « Faire mieux pour Bordeaux ». Il figurait en 2020 sur la liste « Bordeaux en luttes » de Philippe Poutou, puis a été collaborateur à mi-temps du groupe au conseil municipal, avant de prendre ses distances. L'essayiste Karfa Diallo et son mouvement « Couleurs bordelaises » ont rallié sa liste en janvier 2026.

Sa vision du logement passe par la planification : cartographier les besoins, cibler les « dents creuses » du tissu urbain, et surtout forcer la remise sur le marché des logements inoccupés recensés à Bordeaux. Une forme de réquisition qu'il assume plus directement que Pierre Hurmic, et qu'il lie à une critique des propriétaires institutionnels qu'il accuse de laisser des biens vacants.

Son programme compte 250 mesures au total, dont l'encadrement des loyers à l'échelle de la métropole et une régulation stricte des meublés touristiques de type Airbnb. Il défend également le développement d'une offre spécifique de logements sociaux et étudiants.

Julie Rechagneux : la maison individuelle contre la ville compacte

Julie Rechagneux, députée européenne, ancienne conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine et conseillère municipale de Lormont, est la tête de liste du Rassemblement national. Elle bouscule le consensus bordelais sur la densification. « Construire la ville sur la ville n'est pas un modèle qui correspond à tout le monde », a-t-elle dit lors du même débat FFB.

Elle défend le droit des familles à accéder à la maison individuelle, plaide pour un contournement routier qui désengorgerait les accès depuis les communes périphériques et, par ricochet, rendrait ces zones plus attractives à l'habitat. Elle propose également d'instaurer une priorité aux résidents locaux dans l'attribution des logements sociaux.

Medhi Saboulard : le logement digne comme priorité

Medhi Saboulard, candidat de l'Union Socialiste, est ancré dans le quartier du Grand Parc, où il a mené de nombreuses actions citoyennes. Son programme logement, structuré autour d'un « Plan municipal Logement digne », cible en priorité l'habitat social dégradé et le contrôle des bailleurs.

Il propose la création d'un observatoire municipal du logement social, d'une brigade contre l'habitat indigne, d'un fonds d'urgence logement et d'un poste de médiateur entre locataires et bailleurs. Une approche de terrain, centrée sur les quartiers populaires et la lutte contre la précarité.

Philippe Poutou : contre la spéculation, pour les plus précaires

Philippe Poutou (NPA) avait obtenu 9,39 % des suffrages au second tour des municipales de 2020, avec trois sièges au conseil municipal. Il défend la même ligne qu'en 2020, avec en point de mire la spéculation immobilière et la défense des locataires les plus vulnérables face aux propriétaires institutionnels et aux grands fonds d'investissement.

Son programme logement prévoit la réquisition des logements vides dès 2026, l'encadrement des loyers, un contrôle citoyen sur la gestion des HLM et la mobilisation des bâtiments publics inutilisés pour loger des ménages en difficulté.

Bonthoux Tournay : priorité locale et défense de la propriété

Virginie Bonthoux Tournay (Reconquête !), 49 ans, cheffe d'entreprise et déléguée départementale du parti en Gironde, propose de réserver l'accès aux logements sociaux et aux crèches en priorité aux familles et aux travailleurs locaux. Elle défend une baisse de l'impôt foncier local et de la contribution foncière des entreprises pour alléger la charge des propriétaires et des commerçants.

Elle s'oppose frontalement aux projets de réquisition portés par la gauche, au nom de la défense de la propriété privée. Elle conteste par ailleurs certains chiffres officiels sur le parc HLM bordelais. Son programme mentionne également la volonté de stopper les « gaspillages » budgétaires et les subventions aux associations qu'elle juge politisées, des économies qu'elle entend rediriger vers les services de proximité.

Fanny Quandalle : le logement, levier de la lutte ouvrière

Fanny Quandalle, 53 ans, employée de La Poste et militante depuis plus de 25 ans, conduit pour Lutte Ouvrière une liste aux côtés de Youssef Gamine, enseignant. Déjà candidate en 2014 et en 2020, elle inscrit la question du logement dans un cadre anticapitaliste : pour elle, une « municipalité ouvrière » devrait servir de point d'appui aux luttes des travailleurs pour réquisitionner les logements vacants (elle en dénombre 10 000 à Bordeaux), organiser leur remise en état et les placer sous le contrôle des habitants plutôt que des seules institutions.

Elle dénonce le rôle des grands groupes privés de la construction, qui selon elle bénéficient des fonds publics municipaux sans produire de logements accessibles aux classes populaires. Elle s'oppose à toute nouvelle bétonisation et plaide pour la réorientation des dépenses d'armement vers les services publics — éducation, hôpitaux, Ehpad.

Les autres listes

D'autres candidats ont déclaré leur candidature sans que le logement ne constitue l'axe central de leur campagne. Myriam Eckert (Bordeaux en Luttes), conseillère municipale issue du mouvement qui avait porté Philippe Poutou en 2020, mène une liste de gauche radicale distincte. Yves Simone, figure locale du patrimoine, se présente pour la troisième fois. Deux listes d'extrême gauche complètent le paysage : celle de Petra Bernus (Révolution Permanente) et celle, dissidente, du NPA-Révolutionnaires conduite par Esteban Nadal.

Le premier tour aura lieu le 15 mars, le second le 22 mars 2026.

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