Thomas Cazenave à Bordeaux : bureaux transformés en logements, label Frugal supprimé...

Temps de lecture estimé à environ 7 minutes.
Obtenir les informations résumées de cette page :
Avatar de l'auteur "Morgane Caillière" Morgane Caillière

le lundi 13 avril 2026

[ mis à jour le lundi 13 avril 2026 ]

SOMMAIRE

Trois semaines après son élection le 22 mars, Thomas Cazenave a nommé ses adjoints, affiché ses priorités logement et posé sa candidature à la présidence de Bordeaux Métropole. Le nouveau maire a confié l'urbanisme et le logement à Alexandra Siarri, sa première adjointe, et l'élection à la tête de la métropole doit se tenir au plus tard le 24 avril. Pour les investisseurs et les primo-accédants bordelais, chaque décision prise dans les semaines qui viennent pèsera sur le marché immobilier bordelais.

Le 22 mars 2026, une bascule à 1 827 voix près

Thomas Cazenave l'a emporté avec 50,95 % des suffrages face au maire écologiste sortant Pierre Hurmic, qui en recueillait 49,05 %. Le résultat a été permis par le retrait entre les deux tours de l'économiste Philippe Dessertine, dont la liste avait rassemblé 20,2 % au premier tour. Hurmic, lui, avait refusé toute fusion avec la liste LFI de Nordine Raymond (9,36 %).

Le profil du nouveau maire tranche avec celui de son prédécesseur. Normalien, énarque, passé par l'Inspection générale des finances puis par Bercy comme directeur adjoint de cabinet d'Emmanuel Macron, Thomas Cazenave a été ministre délégué aux Comptes publics entre juillet 2023 et septembre 2024. Député Renaissance de Gironde depuis 2022, il a conduit la liste « Faire gagner Bordeaux », soutenue par Renaissance, LR, Horizons, le MoDem, l'UDI et le Parti radical.

Alexandra Siarri à l'urbanisme : la clé de voûte du dispositif

Dès le 27 mars, Thomas Cazenave a confié le portefeuille urbanisme-logement à Alexandra Siarri, sa première adjointe. Ancienne adjointe d'Alain Juppé, première à rejoindre Cazenave dès le lancement de sa campagne, elle a publié en 2017 Bordeaux est Avenir (Mobilibook, préface d'Alain Juppé), un ouvrage où elle défend une approche pragmatique de l'action publique. Sa délégation couvre aussi la politique de la ville et la participation citoyenne, ce qui en fait l'interlocutrice directe des promoteurs et des bailleurs.

Quatre mesures logement annoncées pendant la campagne

Le programme de Thomas Cazenave repose sur un diagnostic répété tout au long de la campagne : Bordeaux souffre d'un déficit d'offre de logements, aggravé selon lui par des normes locales jugées excessives. Lors du débat organisé par la FFB Gironde et Placéco dans le cadre des Assises du bâtiment, il a détaillé quatre leviers.

Reconvertir 50 000 m² de bureaux vacants en logements

Pendant la campagne, Cazenave a présenté ce volet comme l'un de ses trois grands projets urbains, sous le nom d'« opération Cœur de ville », sans lien avec le programme national homonyme destiné aux villes moyennes. L'objectif : transformer des immeubles tertiaires inoccupés du centre-ville en 500 à 1 000 logements, selon les sources de presse reprenant son programme. Pour y parvenir, il mise sur des dérogations au PLU et des permis à destinations multiples.

Rue89 Bordeaux souligne toutefois que la mairie ne peut pas contraindre un propriétaire privé à changer la destination de ses murs, sauf rachat ou réquisition. Un précédent montre néanmoins que le mouvement est engagé : au 56 rue de Tivoli, sous le mandat Hurmic, l'agence ZW/A a transformé un immeuble de bureaux des années 1980 en 25 logements livrés en octobre 2025, un projet récompensé par le Prix international de la Transformation de Bureaux en Logements. Le sujet dépasse Bordeaux : au Sénat, une proposition de loi sur la transformation de bureaux en logements a déjà été adoptée pour faciliter ces reconversions à l'échelle nationale.

Ouvrir un nouveau front urbain à Bordeaux-Nord

Le projet vise à développer des logements abordables pour les familles et les étudiants au nord de la ville. Plus au nord encore, le quartier bas carbone de la Jallère prévoit déjà 2 500 logements sur des sols artificialisés autour du stade. Sur ce site de la Jallère, Cazenave a évoqué la construction d'échoppes bordelaises, c'est-à-dire de maisons individuelles, un choix qui produirait une densité plus faible que du collectif. Le volet étudiant est d'autant plus stratégique que la métropole fait face à une pénurie de logements étudiants qui pèse sur les conditions de vie et les choix d'orientation.

Supprimer le label Bâtiment Frugal Bordelais

Créé en 2021 par Pierre Hurmic, ce référentiel imposait 42 critères aux opérations neuves. Après trois ans, aucun projet n'avait décroché le label à la date de la dernière communication officielle (mars 2024), même si la Ville indiquait en 2025 plusieurs opérations engagées dans la démarche. La mairie avait elle-même réduit les prérequis de 22 à 16 critères en mars 2024. Cazenave qualifie ces exigences de « normes locales superfétatoires » et entend les abroger pour réduire les coûts de construction. Les partisans du label rappellent qu'il a été partiellement intégré au PLU (20 à 25 % des critères) et que 40 acteurs locaux du bâtiment en avaient signé le manifeste en novembre 2024.

Simplifier les procédures et accélérer les permis

Le candidat avait martelé pendant la campagne que le nombre de permis de construire avait été « divisé par deux » sous Hurmic. Il prévoit des dérogations au PLU pour les opérations de transformation et un accompagnement renforcé des porteurs de projets.

Le vrai enjeu : la présidence de Bordeaux Métropole le 24 avril

La mairie de Bordeaux ne détient pas seule les clés du logement. Le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), les grandes opérations d'aménagement, l'habitat et le foncier relèvent de Bordeaux Métropole. Christine Bost (PS), maire d'Eysines, en occupait la présidence depuis mars 2024, après avoir succédé à Alain Anziani. Le rapport de force issu du 22 mars lui est défavorable : la droite et le centre devraient disposer d'une soixantaine de sièges sur 104 au conseil métropolitain. Thomas Cazenave a annoncé pouvoir compter sur le soutien de 11 maires et a déclaré son intention de briguer la présidence dès le soir de son élection.

S'il obtient cette présidence, Cazenave cumulera la mairie et la métropole, une configuration qui existait sous Alain Juppé et qui offre un levier direct sur le PLUi, les programmes de logements sociaux et les projets d'aménagement dans les 28 communes. Concrètement, cela signifie la possibilité de modifier les règles de constructibilité, d'accélérer les opérations comme Bordeaux-Nord ou les gares du RER métropolitain, et de peser sur la politique foncière à l'échelle du bassin de vie.

Une crise du neuf qui attend des réponses concrètes

Le nouveau maire hérite d'un marché du logement neuf en difficulté profonde. Selon l'Observatoire immobilier du Sud-Ouest (OISO), 1 669 logements neufs ont été vendus en Gironde en 2025, soit une chute de 52 % par rapport à 2021 et de 7 % par rapport à 2024. L'OISO qualifie ce volume de « niveau de vente le plus faible enregistré depuis au moins cinq ans ». À Bordeaux Métropole, 1 159 ventes seulement ont été enregistrées, portées à 87 % par des accédants occupants. Au plan national, les ventes aux investisseurs particuliers se sont effondrées de 51 % en 2025, leur part tombant de 34 % à 19 % des ventes au détail après la fin du dispositif Pinel fin 2024, selon le bilan annuel de la FPI.

Côté prix, l'OISO situe le neuf à environ 4 865 €/m² parking inclus à Bordeaux Métropole au troisième trimestre 2025, en baisse de 4,9 % sur un an selon l'Observatoire FPI. Les Notaires de France relèvent un prix médian de l'ancien à 4 087 €/m² sur la période octobre 2024-septembre 2025, contre 4 231 €/m² pour le neuf. L'écart entre neuf et ancien s'est donc considérablement réduit, signe que les promoteurs ajustent leurs prix pour écouler un stock de 3 518 logements disponibles en Gironde. La relance passera aussi par la fiscalité : le dispositif Jeanbrun, entré en vigueur en février 2026, offre un amortissement comptable aux bailleurs privés qui investissent dans le neuf et pourrait contribuer à relancer la demande des investisseurs sur le marché bordelais.

Trois semaines d'action, six ans de questions

Thomas Cazenave a posé un diagnostic clair : pas assez de logements, trop de freins à la construction. Il a aligné ses premières nominations en conséquence. Alexandra Siarri à l'urbanisme, la suppression annoncée du label Frugal, l'opération de reconversion des bureaux : la direction est prise. Le premier test de crédibilité arrive le 24 avril avec le vote du conseil métropolitain. Si Cazenave décroche la présidence des 28 communes, il disposera du PLUi pour traduire ses engagements en règles opposables. La Fédération des promoteurs immobiliers de Nouvelle-Aquitaine attend les premiers signaux concrets sur le terrain : les 379 222 permis délivrés en France en 2025 restent 8,8 % en dessous de la moyenne quinquennale, et Bordeaux ne fait pas exception à ce déficit structurel. Pour les particuliers qui envisagent de se positionner, les conditions d'un investissement locatif à Bordeaux dépendront en grande partie des décisions prises dans les prochains mois.

Sources

Avec IMMO9, faites le choix de la confiance en réalisant votre projet immobilier et bénéficiez des conseils d’une équipe entièrement mobilisée pour votre satisfaction.
Contactez-nous
Partager sur

Commentaires à propos de cet article :

Ajouter un commentaire
Aucun commentaire pour l'instant