Place Stalingrad et allée Serr : comment Bordeaux réinvente ses espaces publics sur la rive droite

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le mercredi 01 avril 2026

[ mis à jour le mercredi 01 avril 2026 ]

SOMMAIRE

Pendant des décennies, la place Stalingrad a surtout servi à faire circuler les voitures. Depuis la fin de l'hiver 2026, ce carrefour stratégique de la rive droite bordelaise a changé de visage : 150 arbres plantés, 8 000 m² de bitume remplacés par des sols perméables, 1 300 mètres de pistes cyclables créées. À quelques pas, l'allée Serr a suivi le même mouvement. Coût total : 6,3 millions d'euros, portés par Bordeaux Métropole et la Ville de Bordeaux dans le cadre du programme « Bordeaux Grandeur Nature ». Ensemble, ces deux aménagements illustrent la nouvelle manière dont Bordeaux pense ses espaces publics sur une rive droite en pleine montée en gamme.

La transformation de la place Stalingrad (5 M€, financés par Bordeaux Métropole) et de l'allée Serr (1,3 M€, financés par la Ville) s'est achevée fin hiver 2026. Le maire Pierre Hurmic a visité les deux chantiers le 27 février. Un troisième site, la place Calixte-Camelle (2 M€), sera livré au printemps.

Un carrefour minéral dans une ville qui surchauffe

10 000 cyclistes, 21 000 usagers des transports en commun, des terrasses de cafés, des piétons pressés : chaque jour, la place Stalingrad brasse tout ce que la Bastide compte de flux. Mais traverser la place en été revenait à marcher sur une poêle. Redessinée au début des années 2000 pour accueillir le tramway, elle était restée un vaste espace d'enrobé noir, sans ombre, où la chaleur s'accumulait le jour et ne se dissipait pas la nuit.

À quelques dizaines de mètres, l'allée Serr souffrait du même mal, en pire. Cette ancienne voie ferrée menant à la gare d'Orléans, reconvertie en espace public, n'avait jamais trouvé son usage. Les 114 frênes plantés vingt ans plus tôt dépérissaient : l'espèce, adaptée à un milieu mi-ombragé, avait trop souffert de l'exposition directe et des volumes de terre insuffisants. L'agence d'urbanisme A-urba avait classé l'allée parmi les 40 îlots de chaleur de la ville.

Deux espaces publics majeurs de la Bastide, l'un saturé de flux, l'autre vidé de ses arbres, tous deux identifiés comme des fours urbains. La question n'était plus de savoir s'il fallait intervenir, mais comment.

2022-2024 : de la fermeture aux voitures au vote du projet

En février 2022, la Ville de Bordeaux ferme la place Stalingrad à la circulation automobile. L'objectif est de mieux partager l'espace, de redynamiser les commerces et d'étendre la pacification du pont de Pierre jusqu'à la Bastide. Pendant deux ans, la place fonctionne sans voitures de tourisme. Les bus et les trams restent ; le bitume aussi.

L'expérimentation montre que l'espace peut respirer, mais qu'il manque tout le reste : de l'ombre, de la végétation, du mobilier, une séparation claire entre cyclistes et piétons. La Ville et Bordeaux Métropole ouvrent alors une concertation réglementaire, du 10 janvier au 28 février 2024. Un forum participatif réunit 31 personnes à la Maison cantonale de la Bastide le 1er février ; une réunion spécifique rassemble 5 commerçants pour affiner les plans des terrasses. Sur la plateforme en ligne, 167 contributions émanant de 86 personnes sont recueillies. Les demandes reviennent en boucle : de la verdure, des fontaines, une piste cyclable sécurisée.

Le 7 juin 2024, le Conseil de Bordeaux Métropole adopte le bilan et confirme la poursuite du projet. Le budget annoncé à ce stade pour Stalingrad est de 3,6 millions d'euros. Il passera finalement à 5 millions, en grande partie à cause des travaux de voirie. « Ce qui coûte le plus cher, ce n'est pas la végétalisation mais bien les travaux de voirie : enlever du bitume, dévoyer des réseaux souterrains quand c'est nécessaire », expliquera plus tard Didier Jeanjean, adjoint au maire chargé de la nature en ville, à L'Essentiel Bordeaux.

Les travaux démarrent en avril 2025. Bordeaux Métropole assure la maîtrise d'ouvrage et finance intégralement la place Stalingrad. La maîtrise d'œuvre est confiée à SETEC International (mandataire), Signes Paysages (cotraitant paysagiste) et CAB Ingénierie ; les entreprises Eiffage Route Sud-Ouest et Technivert réalisent les travaux. Côté allée Serr, la Ville prend le relais avec un budget de 1,3 million d'euros.

De 3,6 à 5 millions d'euros : le budget de la place Stalingrad a augmenté de 39 % entre la clôture de la concertation (février 2024) et la livraison (février 2026). Les surcoûts proviennent principalement des travaux de voirie et de dévoiement des réseaux souterrains.

150 arbres et 8 000 m² de bitume en moins : ce qui a changé sur le terrain

Au pied du Lion bleu de Xavier Veilhan, sculpture totémique qui a fêté ses 20 ans en septembre 2025, le sol a changé de couleur. Les 4 220 m² de bitume noir de la place Stalingrad ont été remplacés par des revêtements clairs et des sols perméables. Le sol autour de la sculpture lui-même a été désimperméabilisé, avec des pavés à joints semés. Sur l'allée Serr, le traitement est plus radical : sur les 114 frênes d'origine, seuls 15 ont survécu au diagnostic. Une trentaine d'essences adaptées aux fortes expositions au soleil les remplacent, sous la supervision de Christophe Dangles, responsable du service arbres et foresterie de Bordeaux Métropole. Au total, 3 487 m² supplémentaires ont été désimperméabilisés sur l'allée.

La végétation, ensuite. Sur la place Stalingrad, 53 arbres, 4 442 arbustes et 3 686 vivaces ont été plantés selon 13 typologies de massifs et bosquets différentes, en continuité avec le parc aux Angéliques voisin. Sur l'allée Serr, 132 arbres, 2 094 arbustes et plus de 7 000 vivaces viennent constituer ce que la Ville vise comme une canopée couvrant 85 % de la surface à horizon 25 ans. Mis bout à bout, les deux sites représentent 150 arbres, 6 500 arbustes et 10 500 plantes vivaces.

La circulation, enfin, a été redistribuée. Place Stalingrad, une piste cyclable de 2,5 mètres de large longe l'anneau extérieur sur 1 300 mètres, et la surface piétonne a gagné 50 %. Les arrêts de bus ont été déplacés vers l'allée Serr pour libérer le cœur de la place. Sur l'allée, les vélos circulent aux abords des terre-pleins centraux en cohabitation avec les bus, et 46 arceaux complètent l'offre de stationnement. Les terre-pleins, eux, restent intégralement piétons.

Côté usages, les deux sites partagent la même logique : faire rester les gens qui ne faisaient que passer. Sur la place, 29 bancs, 13 assises, deux tables d'échecs et cinq boulodromes. Des panneaux d'exposition retracent l'histoire du lieu, de l'ancienne « place du Pont » au carrefour d'aujourd'hui. Sur l'allée Serr, livrée le 27 février 2026, le mobilier est encore plus étoffé : 3 fontaines à boire, 7 tables de pique-nique, 18 bancs et 13 chaises. Le projet prolonge d'ailleurs une initiative citoyenne : en 2021, des habitants avaient proposé l'installation de mobilier urbain dans le cadre du budget participatif.

L'allée a été pensée en trois séquences. « La Forêt », côté Garonne, crée un lien visuel avec les quais de la rive gauche en prolongeant l'esplanade du Mégarama. « La salle à manger », au centre, regroupe les espaces de pique-nique et de jeu sous les arbres. « La place des possibles », côté Bastide Niel, accueille le marché de plein vent du vendredi et peut servir de parking temporaire lors des épisodes de crue.

Chiffres consolidés (Stalingrad + allée Serr) : 8 000 m² de sols désimperméabilisés, 150 arbres, 6 500 arbustes, 10 500 plantes vivaces, une cinquantaine de bancs et une vingtaine de chaises posés.

De Calixte-Camelle aux quais : une trame verte qui s'étend sur toute la Bastide

Stalingrad et Serr ne sont pas des chantiers isolés. À quelques rues de là, la place Calixte-Camelle fait l'objet d'un programme de transformation similaire, doté d'un budget de près de 2 millions d'euros. La démarche y est différente : pas de hub de transport, pas d'ancienne voie ferrée, mais une place de quartier appréciée qui manquait d'ombre et d'assises. Le projet a été co-construit avec deux associations locales, Les Vendredis chez Calixte et Les Bastidais. Livraison attendue au printemps 2026.

Le périmètre s'élargit encore au-delà des places. Depuis février 2026, les quais Deschamps et Queyries, situés de part et d'autre du pont de Pierre, font l'objet de travaux qui se poursuivront jusqu'en décembre. Le programme prévoit une piste cyclable bidirectionnelle de 2,5 km en continu, une bande plantée avec un alignement d'arbres et des trottoirs accessibles côté Garonne. L'ensemble prolonge le parc aux Angéliques et redonne aux quais une vocation de belvédère sur la Garonne et la rive gauche.

En créant des continuités vertes entre la place Stalingrad, l'allée Serr, Calixte-Camelle et les quais, la ville construit progressivement un maillage d'ombre et de fraîcheur à l'échelle du quartier. L'enjeu, à terme, est que les habitants de la Bastide n'aient jamais à marcher plus de quelques minutes avant de trouver un espace planté et ombragé.

Quel changement pour les habitants de la rive droite ?

La Bastide a beaucoup évolué en dix ans. L'arrivée du tramway, le développement de Bastide Niel, la réhabilitation progressive des quais : la rive droite a rattrapé une partie de son retard historique sur la rive gauche. Les prix de l'immobilier à Bordeaux Métropole confirment cette convergence. Reste que la montée en gamme d'un quartier ne se mesure pas aux seuls programmes neufs : elle passe aussi par la qualité des espaces que les habitants partagent au quotidien.

Prenons un acheteur qui hésite entre un T3 de 65 m² à la Bastide et un logement équivalent rive gauche. Le prix au mètre carré reste plus bas rive droite, mais l'écart se réduit. Ce qui fait basculer la décision, au-delà du prix, tient souvent à l'environnement immédiat : la présence d'ombre, de bancs, d'un marché de plein vent à cinq minutes, d'une piste cyclable sécurisée pour aller travailler. Avant 2026, la place Stalingrad ne cochait aucune de ces cases. Avec 50 % de surface piétonne en plus, 53 arbres et une piste cyclable de 1 300 mètres, l'équation a changé.

Savoir où investir à Bordeaux passe aussi par l'analyse de ces transformations du cadre de vie. Les grands projets urbains en cours à Bordeaux montrent que le rééquilibrage territorial de la métropole s'accélère sur cette rive. Pour qui regarde les projets qui dessinent le Bordeaux de demain, la place Stalingrad et l'allée Serr ne sont pas les chantiers les plus coûteux de la liste. Mais ce sont ceux que 21 000 usagers traversent chaque matin.

Sources et documents de référence

  1. www.bordeaux.fr
  2. www.bordeaux-metropole.fr
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